Le blog de Xav.

17 février 2006

Caricatures : choc des cultures ?

Dans la désormais mondiale « crise des caricatures », on voudrait pouvoir croire en un canular ridicule, mis au point par quelque humoriste, mal inspiré par la thématique du « choc des civilisations ». On voudrait pouvoir croire aussi en un scénario, monté de toutes pièces par un réalisateur hollywoodien, qui n’aurait pas pu mieux cerner le problème s’il avait voulu prouver au monde, que celui-ci était désormais divisé en deux « blocs » opposés : ce que l’on appellerait l’occident judéo-chrétien, d’une part, ensemble organisé autour de grands principes démocratiques et libéraux, et, le monde arabo-musulman, d’autre part, dans lequel les mouvances et groupuscules, des plus modérées aux plus radicales, se mêleraient dans une confusion indescriptible.

Pourtant, il semble que ce scénario soit maintenant devenu réalité. Après avoir critiqué les théories, certes contestables, de Samuel Huntington sur le choc des civilisations, nous voilà rendus à devoir choisir entre le respect des religions -ou plutôt d’une religion-, et la défense de notre liberté d’expression.

A première vue, c’est le respect des religions qui prime et cela d’un point de vue purement anthropologique. Les croyances ont façonnés l’humanité et nos modes de vie. Si nous paraissons si différents aujourd’hui dans nos pensées et nos actes, n’est-ce pas finalement la conséquences de cultures religieuses ancrées ?

Mais, d’un point de vue sociologique et historique, il semble pourtant que nous n’ayons jamais été aussi unis au niveau institutionnel (quasiment tous les pays du monde siègent ensemble dans une même entité, à savoir les nations unies), et même aussi ouverts au niveau individuel, avec le développement des échanges, des flux touristiques, d’immigration etc.

S’ouvre donc une ère nouvelle dans laquelle s’exacerbent radicalisme religieux et défense des libertés. Liberté, dont les iraniens tentent d’ailleurs de nous montrer les limites en lançant un grand concours de caricatures sur la Shoah. Cela dit, le lien entre Mahomet, censé être homme de paix et de spiritualité, et la Shoah, œuvre monstrueuse en faveur de l’extermination d’un peuple, est loin d’être évident. Le pouvoir iranien semble en outre plutôt mal placé pour donner des leçons de liberté, quand il place, sans sourciller, son peuple sous la menace d’une attaque militaire internationale.

En dépit de cette situation explosive et qui n’en est visiblement qu’à ses prémices, on peut s’interroger sur les moyens de contrer ce « choc des civilisations », rejeté, certes, sur le plan théorique, mais ostensible dans la pratique et les mentalités. A y réfléchir, peu de possibilités s’ouvrent à nous : impossible, par exemple d’opter de manière systématique pour une politique similaire à celle de l’administration Bush, qui consiste en l’obligation pour un peuple divisé (le peuple irakien, en l’occurrence)  d’accepter un nouveau modèle politique non choisi. Impossible aussi de rejeter d’un bloc les arguments des groupes et Etats musulmans, qui ont le droit, en effet, de faire valoir leurs libertés et la défense de leur culture au plan international. Difficile de savoir donc, où l’histoire va nous mener, d’autant que, des deux cotés, les plus extrémistes commencent à accéder aux plus hautes fonctions, tandis que les voix modérées se font rares. Peut-on cependant oser rêver en une figure « providentielle » pour le monde, qui parviendrait à nous réunir? Dans certains cas, l’utopie reprend ses droits. Mais l’utopie a-t-elle jamais réglé une division de cette ampleur ?

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28 novembre 2005

Comme une image, film de Agnès Jaoui, avec Jean-Pierre Bacri, Marie-Lou Berri (2003)

CRITIQUE

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comme_une_image

Rares sont les films dont on pourrait révéler la fin, sans en dévoiler pour autant la teneur et les messages.

Ce long-métrage, récompensé de toutes parts (Palme du meilleur scénario à Cannes en 2003) peut plaire par sa fraîcheur, décevoir ceux qui en attendraient de l’action ou de la vulgarité mais surtout déstabiliser , au sens noble du terme, les spectateurs trop naïfs.

Comme de coutume chez Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, tout commence par une présentation rapide des différents acteurs de l’histoire, qui vont, au fil des événements entrer en interaction pour mieux découvrir les failles de chacun et mieux se déchirer. Histoire d’un jour, d’une année, d’une vie, en somme…

Tout cela dans une succession de scènes et dialogues à la fois comiques, comme la confrontation d’un Jean-Pierre Bacri merveilleusement bougon, avec un chauffeur de taxi « très » parisien. Des scènes de couple tout aussi attendrissantes que désespérantes. Une relation père fille (Bacri/Berry) conflictuelle à souhait. Et surtout une évolution des personnages presque gênante pour le spectateur, qui adoptant dès le départ une posture de juge manichéen, se rend compte, en une heure trente de la complexité de la nature humaine, par l’intermédiaire de six acteurs qui en paraissent mille.

Le film terminé, on tente de déceler les raisons de sa réussite : est-ce le scénario « cousu main », au service d’acteurs totalement imprégnés de leur rôle? Seraient-ce la technique et l‘esthétique, qui créent un dynamisme d’une intensité particulière. Mais ce serait oublier la musique omniprésente, puisque Marie Lou Berry, qui interprète une jeune fille mal dans sa peau, ignorée par un père absent et superficiel (Bacri), voit dans l’opéra une échappatoire. Agnès Jaoui, excelle quant à elle dans son rôle de professeur froide mais attentive, qui semble découvrir la véracité de la nature humaine au fil de ses rencontres.

Tous ces ingrédients fondamentaux, qui font qu’un film est au final bon ou mauvais, créent une harmonie telle, qu’on en oublierait presque la trame, se laissant entraîner par le rythme des rencontres, des scènes de vie rendues si vraies et donc si cruelles. Bon cinéma !

Posté par xavierbossaert à 01:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]